The Paris GlobalistChers lecteurs, Les régimes militaires sont-ils en voie de disparition ? Le monde ne compte aujourd’hui qu’une demi-douzaine de pays où l’armée détient la quasi-totalité du pouvoir. Un chiffre qui pourrait semblait faible, puisqu’au 20ème siècle, des régimes militaires ont vu le jour dans 24 pays d’Afrique et 19 d’Amérique latine. Devenant presque la norme. Et l’Europe de 1973 renfermait encore trois régimes militaires : en Grèce, en Turquie et dans l’Espagne de Franco, à nos frontières. Or, aujourd’hui les régimes militaires ont déménagé – l’Amérique latine moderne n’en abrite plus aucun. Ils pourraient nous sembler plus lointains–les îles Fidji, régime militaire depuis le coup d’état de 2006, sont bien loin de nos frontières européennes. Dorénavant, c’est en Asie que survit la majorité des régimes militaires en place. D’ailleurs, les événements qui ont récemment agité la Birmanie puis le Pakistan ont attiré l’œil de la communauté internationale sur le rôle de l’armée dans cette région du globe. Cependant le terme de « régime militaire » est intrinsèquement problématique, et c’est pour cela que l’Equipe du Paris Globalist a choisi de consacrer le dossier central de ce numéro à son étude. Comment catégoriser et reconnaître distinctement le régime militaire des autres formes de gouvernement ? Le Pakistan de Musharraf peut-il être qualifié de « régime militaire », ou le partenaire des Etats-Unis dans la guerre antiterroriste est-il en transition démocratique ? La Corée du Nord est-elle un régime militaire ou une dictature personnelle ? De plus, un régime peut-il être « militaire » sans que la loi martiale ne soit appliquée ? Qu’en est-il, par exemple, du Soudan, où le pouvoir est détenu de façon autoritaire par le Président Omar al-Bashir, chef militaire, mais où la loi appliquée est une loi islamique avec des accents de Common Law ? Par ailleurs, quelles sont les caractéristiques des régimes militaires ? Dans le passé, les « juntas » se sont traditionnellement présentées comme des partis neutres, des tiers venus rétablir la stabilité nationale menacée par des idéologies dangereuses. Depuis la fin des années 1980, la réputation internationale des régimes militaires est pour le moins mauvaise, et leur image, celle d’une violation grave et répétée des droits de l’homme. Mais la violation des droits de l’homme n’est en aucun cas le pré carré des régimes militaires. La République Démocratique du Congo, quoique n’étant pas un régime militaire -- Joseph Kabila y a été élu démocratiquement Président en 2006 – est le terrain de violences sexuelles quasi constantes, d’après le rapport du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Les pires crimes savent aussi s’accommoder de la démocratie. Enfin, si le nombre de « régimes militaires » référencé décroît, qu’en est-il du poids de l’armée dans les démocraties occidentales ? L’influence du « complexe militaro-industriel » américain n’a pas décru depuis sa naissance lors de la Seconde Guerre Mondiale. Or, le Président Eisenhower, qui a inventé cette expression, mettait déjà en garde ses concitoyens sur les dangers que ce lobby pouvait représenter pour la démocratie. Les intérêts militaires ne sont pas non plus chose légère en Europe- la récente vente par la France de missiles antitanks à la Libye, révélée au moment de la libération des infirmières bulgares, en témoigne. De même les investissements conséquents de firmes européennes en Birmanie soulèvent la question normative des rapports que les démocraties devraient entretenir avec les régimes militaires en place. L’équipe du Paris Globalist, association apolitique, est composée d’une vingtaine d’étudiants d’une demi-douzaine de nationalités. Elle se réjouit de vous offrir ce premier numéro de l’année, le résultat de plusieurs mois d’un travail exigeant. L’équipe se veut porter un regard nouveau sur les relations internationales, aborder l’actualité par le biais d’angles innovants, et mettre dans la lumière des pays ou des questions peu présents dans les autres médias. Outre notre dossier central sur les régimes militaires, l’équipe s’est efforcée de se pencher sur des questions sociales, économiques, politiques ou environnementales dans des pays aussi variés que le Maroc, la Pologne ou l’Australie. Cette publication se clôt par une section « culture » qui veut montrer l’intersection qui existe entre des problématiques littéraires, cinématographiques ou artistiques et celles des relations internationales. En vous souhaitant une bonne lecture, Soleine Leprince-Ringuet, directrice de la rédaction |
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