The Paris Globalist
Chères lectrices et chers lecteurs, Utilisée à tort et à travers depuis 2001, l’expression « État voyou » semble aujourd’hui tombée en désuétude. Serait-ce le triomphe du politiquement correct ? Le monde, en effet, n’a pas tant changé. Ceux qui enfreignaient les normes internationales le font toujours, et même avec plus de virulence. Pyongyang défi e de nouveau le monde par un essai nucléaire. Ceux qui oppressent leur population restent dans l’impunité, avec, sinon le soutien, l’indifférence de l’ensemble des États. Les généraux birmans mènent un procès injuste contre leur inépuisable opposante Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix en 1991. Mais, osons l’espérer, la disparition du terme dans les discours offi ciels ne refl ète pas la volonté de fermer les yeux sur ce qui se passe dans le monde. Serait-ce alors le contrecoup de son emploi à outrance par l’équipe de George W. Bush ? Si l’expression pouvait contenir une grande force il y a une ou deux décennies, son sens est sans aucun doute sorti amoindri de son utilisation abusive par l’administration Bush. Cette rhétorique sécuritaire a d’elle-même perdu toute crédibilité, suite aux guerres et exactions menées au nom de la démocratie et de la paix. On peut légitimement se demander avec Noam Chomsky si le plus voyou de tous n’est pas simplement celui qui viole ouvertement le droit international dont il se veut le héraut. Mais l’abandon du terme n’est peut-être rien d’autre que la compréhension tardive du fait que l’exclusion des « mauvais » n’est pas la recette d’une politique étrangère juste et effi cace. Accuser, désigner, stigmatiser crée ressentiments, opposants et parfois même ennemis – chose évidente si l’on considère la détérioration progressive de l’image des États-Unis dans le monde au cours des huit dernières années. La stigmatisation construit des « États parias », rejetés autant que ceux-ci s’écartent de la scène internationale. Loin d’être l’évitement – et encore moins la fin – d’une réalité, la fi n du discours accusateur sur les États voyous est une preuve de sagesse, ouvrant la voie vers plus de coopération et vers de nouvelles pistes de réfl exion. C’est par la coopération que l’on tente désormais de mettre un frein au blanchiment d’argent dans les paradis fi scaux. De même, tous s’accordent sur l’idée que la stabilisation de l’Afghanistan implique une perspective régionale. On reconnaît par ailleurs que la menace ne vient pas tant des États, mais de groupes non étatiques recourant à des moyens terroristes. Or ces groupes fleurissent dans des lieux où l’État est faible, des « États défaillants » ou « faillis », où la solution repose non dans la sécurisation militaire mais dans le développement. À l’heure où l’administration du Président Barack Obama change de vocabulaire, et semble-t-il, d’approche, l’équipe du Paris Globalist a souhaité se pencher sur ce concept troublant, normatif et Dans ce numéro, vous pourrez également lire des reportages croisés sur l’immigration illégale en Grèce. Vous aurez l’occasion de vous pencher sur la problématique de la chasse à la baleine, ou encore de réfl échir aux conséquences de la mise en accusation du président soudanais al-Bachir. En vous souhaitant une très bonne lecture,
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