The Paris GlobalistFoi et mondialisationEn mai 2008, Tony Blair, Premier ministre du Royaume-Uni de 1997 à 2007, déclarait à l’occasion de la création de la Faith Foundation qui porte son nom : « I have always believed that faith is an essential part of the modern world. As globalisation pushes us ever closer it is vital it’s not used as a force for conflict and division. Faith […] is something that has much to give and to teach a world in which economic globalisation and political change are offering many opportunities but also presenting many dangers ». Homme politique dont le rôle a été capital dans les conflits internationaux emblématiques des années 2000 (guerres d’Irak et d’Afghanistan), lui-même de confession catholique, Tony Blair inscrit la foi dans le cadre de la mondialisation et des changements politiques qui l’accompagnent. Il fait ainsi écho aux propos prêtés à André Malraux : « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Si notre siècle est « religieux », il l’est de façon différente des précédents. La place du fait religieux dans les relations internationales contemporaines est une question d’une grande complexité. Elle est au coeur de ce numéro du Paris Globalist. Il est difficile, pour autant, de s’accorder sur le sens et les limites du religieux entre interprétations critiques et généralisations excessives. L’étymologie même du mot demeure controversée depuis l’Antiquité. Au sens propre, le terme religio signifie « engagement », ou encore « obligation », et d’aucuns se fient doncà la définition de Cicéron qui y voyait le souci d’être scrupuleux dans l’observation des rites par respect et par crainte des dieux. Pour d’autres, le terme proviendrait du verbe latin religare, « relier » l’humain au divin mais aussi les hommes entre eux. De la crainte à la cohésion, le phénomène religieux apparaît donc aussi englobant que fragmenté. Cependant, les facteurs religieux apparaissent comme incontournables dans l’étude des relations internationales contemporaines. Le débat qui a fait rage en 2005 sur l’éventuelle inclusion d’une référence à l’héritage chrétien de l’Europe dans le préambule de la Constitution européenne a rappelé avec force l’importance de la religion dans nos sociétés. Néanmoins, le refus persistant des chefs d’Etat et de gouvernement de céder Pourtant, c’est une tendance inverse à celle du « désenchantement du monde» (Marcel Gauchet) qui s’affirme dans des régions comme l’Amérique du Sud ou l’Afrique. En quête de repères, de larges populations en marge de la mondialisation viennent trouver auprès des structures religieuses établies une aide spirituelle mais aussi matérielle. Dans certaines sociétés, pour des raisons culturelles, sociales et politiques, adhérer à la religion dominante reste parfois inévitable. La multipolarité mondiale du religieux a beaucoup évolué et notre cartographie mentale, passéiste autant qu’erronée, d’un christianisme européen et d’un islam moyen-oriental n’en devient que plus obsolète. Mondialisé, transnationalisé, le religieux n’en cherche pas moins un point d’ancrage spatial, source de légitimité globale et de valeur politique. Pour ma part, j’analyse ce phénomène avec le concept opératoire de mise en étoile que je définis comme la projection physique quasiment incontrôlée d’une religion dont l’unité ne subsiste que par son rattachement mental à un lieu mythifié, perçu comme central et reconnu de ses fidèles comme des autres. Le concept de mise en étoile permet d’interpréter nombre de conflits du monde contemporain. La spatialisation du religieux donne parfois naissance à une géopolitisation abusive du phénomène et à une surévaluation de la place des croyances dans les conflits contemporains. Ainsi les religions se trouvent inscrites au coeur de thèses comme celle, trop fameuse sans doute, du « Clash of Civilizations » (S. Huntington). L’islam, associé aux Etats-Unis comme en Europe aux images marquantes du terrorisme depuis le 11 septembre 2001, est la principale religion à souffrir aujourd’hui de cette vision réductrice. Une telle rhétorique stigmatisante de classification et d’exclusion peut engendrer de graves Le religieux joue assurément un rôle central dans la conflictualité moderne. « We have just enough religion to make us hate, but not enough to make us love one another! » écrivait Jonathan Swift. Il semble que, depuis le XVIIIème siècle, les temps aient changé, mais pas les hommes. Nathan R. GRISON |
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